Processus et dynamiques

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Processus et dynamiques

La 24e édition des rencontres de Rochebrune sera consacrée au thème des « processus et dynamiques ». Ces deux notions partagent le fait d'être à la fois au centre de l'interrogation du chercheur quand à son objet d'étude (dynamiques spatiales et sociales, processus cognitifs et physiques, morphogénèse et évolution), et au coeur des pratiques de recherche, notamment dans l'interaction permanente avec le « contexte » informatique (méthodes algorithmiques, captation de données, visualisation et simulations). Le champ d'investigation ouvert pour cette édition ira donc de la caractérisation des dynamiques et processus en action dans des objets scientifiques déterminés, à la question de la modélisation même des dynamiques et des processus d'un point de vue théorique, que le modèle soit prédestiné ou pas à un objet ou une classe d'objets scientifiques particulier. En confrontant ces deux concepts, nous interrogeons aussi leur indépendance et leurs interactions.

Quelles relations entretiennent-ils ? Une dynamique est-elle naturellement descriptible par un processus, et un processus dénote-t'il toujours une dynamique sous-jacente ? Une description en forme de processus épuise-t'elle la dynamique observée ? Les dynamiques sont-elles, toujours ou en tout point, observables et évaluables ? En tentant de répondre à ces questions, nous n'avons pas seulement une visée épistémologique et méthodologique, mais aussi, nous souhaitons explorer la nature des objets scientifiques dans leur rapport à la description, la compréhension, la classification et l'observabilité.

Ces interrogations, transversales à toutes les disciplines scientifiques, sont au coeur du travail scientifique d'aujourd'hui. Mais elles prennent ici une dimension particulièrement décisive du fait de la connivence forte entre le doublet processus-dynamique et la notion même de complexité. De ce fait, l'ensemble des sujets qui seront abordés auront aussi pour ambition d'enrichir et de mettre en perspective la théorie des systèmes complexes.

Les 24e journées de Rochebrune 2016 auront donc pour objectif de figurer un panorama des concepts, pratiques et objets scientifiques en lien avec/sous l'éclairage des processus et dynamiques, dans le champ interdisciplinaire des systèmes complexes naturels et artificiels : sciences humaines et sociales, économie, droit, sciences de gestion, informatique, sciences cognitives, biologie, sciences physiques et mathématiques.

Les proposants sont invités à soumettre un projet d'article et/ou d'atelier :

  • pour un article : nom/prénom, affiliation, titre, résumé (2500 signes) et mots-clés
  • pour un atelier : nom/prénom, affiliation, titre, contenu et objectifs (2500 signes), nombre de participants min/max, moyens techniques nécessaires

Les projets d'articles acceptés donneront lieu à une présentation en conférence, et une invitation àpublier.

Position scientifique

La notion de processus fait partie de cette classe de concepts scientifiques qui jouit d'une puissance conceptuelle importante, transversale de surcroît à de nombreux domaines, tout en étant relativement indéfinissable d'un point de vue formel. On peut quasiment tout analyser en forme de processus, y compris les objets les plus statiques, à partir du moment où l'on est capable d'identifier des suites d'événements, qui s'enchaînent en fonction de certaines transitions.

On voit déjà dans cette première approche définitionnelle une tension entre le processus comme suite d'événements se réalisant effectivement dans un espace concret, et le processus comme description abstraite d'une suite d'événements susceptible de se dérouler virtuellement.

Concernant les processus « concrets », cette tension dessine elle-même immédiatement un second problème. En effet, la distinction entre ces deux faces de la notion n’est dans ce cas pas toujours si claire: ce que nous identifions comme processus effectif est-il le fruit de l'observation d'une suite de transitions liant des états discrets ou celui la description discrétisée ou structurée par l'observation d’une évolution en elle-même continue ou a-structurée ?

Concernant les approches abstraites de la processualité, c’est sans doute l’informatique théorique (au sens contemporain, très général, de théorie des processus de transformation de l’information) et la théorie des systèmes complexes qui approximent le plus l’idée d’une axiomatisation ou du moins d’une approche formelle de la notion abstraite de processus. De même que le processus peut être convoqué à la fois comme activité concrète et comme résultat de l'observation, la dualité statique/dynamique n'est pas toujours le fait d'une séparation stricte et « objective », cette dichotomie semblant parfois s'appliquer bien plus au système théorique utilisé pour définir l'objet, qu'à l'objet lui-même. On en veut pour preuve la facilité avec laquelle des objets étudiés statiquement peuvent être empreints ou sujets de dynamiques dans un autre cadre théorique.

De même que pour les processus, il est donc assez facile de provoquer des polémiques d'expert sur le fait de savoir si tel ou tel objet est "vraiment" dynamique : l'histoire des sciences dans son ensemble, et la philosophie en particulier, en est largement pourvue. Il est par contre indéniable, et même salutaire, que la dynamique, sous toutes ses formes perceptibles, puisse être, en tant que telle, un objet de connaissance, de même que le processus, dans toutes ses incarnations sensibles.

En prenant la dynamique et le processus comme objets, comme nous allons le faire dans cette édition 2017 des Journées de Rochebrune, nous nous poserons à la fois une question épistémologique : en quoi, pour tel champ déterminé, le fait de dégager une dynamique processuelle est constitutif de l’objet de la discipline ? Quels critères permettent d’évaluer le succès de la simulation d’un processus ? ; et une question de pratique scientifique : que réalise concrètement ce processus ? que déploie/cache cette dynamique particulière ?

L'informatique nous offre un exemple particulièrement frappant de cette dualité. Ce que l'on désigne par processus en informatique appliquée c'est l’exécution concrète d'un programme dans une machine : un programme en cours d'exécution face à un environnement. Pour être considérée comme un processus, cette exécution doit être descriptible sous la forme d'une topo-chronologie d'états et de leurs enchaînements, pour chacun desquels on doit être en capacité d'identifier les instructions qui vont être exécutées, la plage d'adresses mémoire utilisée et les ressources employées. Autrement dit, le processus n'est pas si éloigné du programme, à ceci près qu'il est plongé dans un certain contexte : il est situé. La dynamique par contre joue à de multiples échelles, engageant une multitude de "processus" sous-jacents allant de la structure physique de la machine jusqu'à l'interface cognitive des agents utilisateurs.

En logique mathématique, on retrouve quelque chose de similaire dans la dualité entre processus typés et non-typés. Pour qu'un processus soit typé, on doit être capable de vérifier la cohérence de sa construction (notamment, la manière dont les variables sont liées et seront "consommées" dans le processus). Ainsi, pour un processus typé, on est capable de décrire, ie de déconstruire, les jointures par lesquelles se justifient toutes les étapes de réalisation d'une démonstration. Cela ne signifie pas que les processus non-typés ne réalisent pas correctement la spécification (ie l'objectif), mais qu'ils ne le réalisent pas d'une manière descriptible. En ce sens, la notion commune de processus correspondrait à la notion de processus typé, déjà identifié par Church comme l'espace de la pensée, et on aurait une notion plus vague, de processus non-typé qui correspondrait à l'espace de ce qui est réalisable "processuellement", mais non-observable. Ceci étant, la dynamique grâce à laquelle se structure et se maintient cet univers de processus est exactement la-même dans les deux cas: les processus entrent en interaction, s'identifient, et forment des classes qui deviennent elles-mêmes l'objet de processus.

On peut sauter le pas assez facilement vers la théorie de la connaissance. Brouwer a construit une large part de sa mathématique sur l'idée d'un découplage entre langage et expérience de la connaissance. Ainsi, une démonstration, en tant que texte, n'est que la transcription formelle d'un cheminement cognitif qui, en tant que processus, est "vraiment" la démonstration. Ce processus, ou plutôt, l'ensemble de tous les processus convergents qui assurent la même démonstration ou la même pensée, sont la signification de cette pensée. Rappellons qu'à la même époque, on avait plutôt coutume de voir la pensée comme la signification de la proposition. En matière de connaissance, la dynamique n'est donc pas tant dans le fait de traduire les processus pour les rendre communicables, ou de développer des systèmes de contrôle et de vérification, mais plutôt dans le fait que, en réalisant des processus, on structure de nouvelles connaissances à venir et on agit sur la plasticité du système. En sorte que ce sont les tentatives qui finissent par produire des convergences et des stabilités, tandis que les constructions voulues d'emblée comme englobantes sont (dynamiquement) vouées à être replacées à leur endroit.

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